© C. Renaudin & S. Toczyski
En préparation à l'examen AP:
L'Enfant noir de Camara Laye

Un dossier pédagogique préparé par
Christine Renaudin & Suzanne Toczyski
Sonoma State University

Glossaires par chapitre | Glossaire général | Résumés
Plan d'étude | Ressources et illustrations | Lien au site destiné aux élèves

Séance 1
Introductions

Connaissance de l'Afrique et de l'Afrique francophone:

  • Distribuer aux élèves un fond de carte vierge de l'Afrique, et leur demander d'y inscrire les noms des pays qu'ils connaissent. Ils n'en connaitront probablement que très peu, ce qui devrait les inciter à devenir plus curieux…
  • Montrer ensuite une carte de l'Afrique en français et leur indiquer les pays, des plus connus (Egypte, Afrique du sud), aux moins connus (Burkina Faso, Guinée, etc.) ; les encourager à dire ce qu'ils savent des pays nommés (récent tremblement de terre en Algérie, par exemple).
  • Annoncer aux élèves qu'il existe en Afrique de nombreux pays francophones et leur demander si quelqu'un peut expliquer ce mot ; donner la définition au tableau : un pays francophone est un pays où l'on parle français. Leur demander quels pays et régions francophones ils connaissent, en Europe, en Amérique, dans le monde en général, en Afrique.
  • Montrer une carte de l'Afrique francophone, et poser la question de savoir comment expliquer le fait que ces pays pratiquent le français. Faire suivre par un petit exposé sur la colonisation et la décolonisation françaises en Afrique, dont voici les grandes étapes :
    • 1641 : Création du comptoir de Saint-Louis-du-Sénégal.
    • Commerce triangulaire
    • 1832 : Prétextant le non-paiement d'un emprunt contracté vingt ans plus tôt envers la France par le bey d'Alger, Louis-Philippe lance une expédition contre Alger en 1832, qui aboutit à l'établissement de l'armée en Afrique du Nord. http://fr.encyclopedia.yahoo.com/articles/ni/ni_3075_p0.html
    • Porté par l'optimisme de la révolution industrielle, Napoléon III initie le percement du Canal de Suez; par ailleurs l'expansion commence en Afrique de l'Ouest, au Sénégal.
    • La IIIe République voit l'apogée de l'expansion coloniale, dans laquelle rivalisent les grandes puissances européennes. En 1884, le Congrès de Berlin entérine le partage du monde entre elles. Ce partage sera profondément remanié après la Première Guerre mondiale avec la répartition entre les Alliés des colonies allemandes. Montrer les cartes suivantes en soulignant l'ampleur des empires coloniaux français (à l'ouest et au nord) et anglais (à l'est et au sud) :
    • 1895 : création de l'Afrique-Occidentale française, comprenant le Sénégal, la Mauritanie, le Soudan, la Haute-Volta (aujourd'hui Burkina Faso), la Guinée française, le Niger, la Côte-d'Ivoire et le Dahomey (aujourd'hui Bénin), et dont la capitale était Dakar. http://fr.encyclopedia.yahoo.com/articles/a/a0001609_p0.html
    • 1910: création de l'Afrique Equatoriale française, comprenant le Gabon, le Moyen-Congo (aujourd'hui République du Congo), l'Oubangui-Chari (aujourd'hui République centrafricaine), et le Tchad, et dont la capitale était Brazzaville.
    • L'Empire colonial français ne survivra pas à la montée des mouvements d'indépendance issus des suites de la Seconde Guerre mondiale, ayant manifesté la vulnérabilité des pays colons. A partir de la guerre d'Indochine en 1954, les anciennes colonies demandent leur indépendance les unes après les autres. En 1962, les accords d'Évian mettent fin à la guerre d'indépendance algérienne et entérine l'indépendance de l'Algérie. En Afrique noire, la transmission des pouvoirs de la métropole aux différents États se fait de manière plus pacifique.
    • Pour en savoir plus, consultez la bibliographie à la page :
      http://www.atlas-historique.net/1914-1945/cartes/Afrique1925.html
Connaissance de la Guinée:
(Source principale: http://webperso.easynet.fr/~omar2re/)
  • La Guinée par rapport à l'Afrique : observez la carte http://webperso.easynet.fr/~omar2re/
  • La Guinée pré-coloniale :
    • Du IXe au XIe siècles, le royaume mandingue est le vassal de l'empire du Ghana.
    • Au XIe siècle, les Jalonké, d'origine mande (Fouta-Djalon), se joignent aux Baga, Nalou, Landouman et autres autochtones, bientôt rejoints par des Peuls animistes. Un immense empire se crée autour de Soundiata (1230-1255), dont Le Maitre de la parole retrace l'épopée. « Sous le nom d'empire du Mali, il atteint son apogée au XIVe siècle, de la région nord de la Guinée jusqu'à Tombouctou. […]Au XVe siècle, le déclin commence, des vassaux s'affranchissent, dont un chef du Fouta-Djalon, Koli Tenguela. Avec lui s'ouvre l'ère des Peuls musulmans ».
    • Aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles Peuls et Mandingues arrivent en vagues en provenance du Fouta-Toro au Sénégal et du Mali. « Avec eux ils apportent leurs coutumes, leurs cultures et surtout une religion, l'islam. Une partie des anciens occupants se vit refouler le long de la côte, en Guinée maritime. Avec les autres s'instaure une coexistence difficile jusqu'à ce que les musulmans déclenchent finalement en 1727 la " guerre sainte ". Vainqueurs, ils ne laissèrent d'autre choix aux vaincus que " la conversion, l'exil ou la servitude " ».
    • Aux XVIIIe et XIXe siècles, les Peuls dominent l'histoire du Fouta-Djalon. « Les deux grands fondateurs en sont Karamoko Alpha, de 1725 à 1750, puis son cousin et successeur, Ibrahima Sori, de 1751 à 1784. […]Des institutions politiques originales surgissent. Ainsi, pour mettre fin à des rivalités, le Conseil des anciens instaure, à la mort d'Ibrahima Sori, un bicéphalisme d'alternance. Deux almami, l'un descendant de Karamoko Alpha et l'autre d'Ibrahima Sori, sont désignés comme détenteurs du pouvoir. Mais ils ne l'exercent qu'en alternance par périodes de deux ans. Un tel système fonctionne jusqu'en 1896, date où des rivalités tragiques entre les deux familles facilitent alors la conquête française. »
    • De 1870 à 1898, ce sont les Malinké qui reprennent le devant de la scène politique autour de Samori Touré, qui organise un gouvernement efficace, dont la capitale est Bissandougou. « Toutefois, il se heurte très vite aux visées coloniales françaises, qui réussiront finalement à provoquer sa chute en 1898 ».
    • La résistance à l'envahisseur blanc devient alors l'apanage des peuples de la Guinée forestière.
    • « Dans chacune des régions de l'actuelle Guinée vivent ainsi des peuples aux histoires parallèles qui furent agglomérés au sein d'une nouvelle entité par la mise en place du système colonial ».
  • La Guinée coloniale :
    • Le territoire de la Guinée est mis sous l'autorité d'un gouverneur, le pays divisé en vingt cercles commandés par des administrateurs venus de France et qui ont pratiquement tous les pouvoirs : responsabilité de l'ordre public, administration de la justice, perception des impôts, interventions économiques... « Selon le degré de solidité des structures politico-sociales, les chefferies traditionnelles seront maintenues en place, mais la nature du pouvoir des chefs va se trouver bouleversée : responsables de leurs collectivités et, à ce titre, bénéficiaires de prérogatives et de privilèges, ils sont transformés bon gré mal gré en agents du pouvoir colonial. Leur remplacement se fait alors dans le respect ou dans le mépris des règles coutumières. L'administration généralise entre 1890 et 1914 le système des chefferies de canton, là même où les populations ne le connaissaient pas, comme en Guinée forestière ».
    • La Compagnie française d'Afrique-Occidentale, la Société commerciale de l'Ouest africain, et la Compagnie du Niger français se partagent le commerce des ressources exploitées : le caoutchouc d'abord, la banane, introduite en 1897, le café, introduit en 1850.
    • L'économie capitaliste des colons bouleverse les anciens modes d'échange et de production. « La monnaie se généralise avec l'instauration de l'impôt par tête créé en 1897 ».
    • « Il fallut le choc de la Seconde Guerre mondiale pour que les métropoles coloniales &endash; France, Grande-Bretagne, Belgique &endash; prennent davantage conscience de leurs immenses responsabilités. Des plans de développement (le F.I.D.E.S.) virent le jour, des investissements publics furent effectués (19,5 milliards de francs C.F.A. en Guinée) prenant en compte pour la première fois les besoins des territoires. Ce, dans les quelques années précédant l'indépendance, après un demi-siècle d'une œuvre prétendument civilisatrice : trop tardive et faible compensation des énormes " efforts de guerre " exigés à deux reprises pour des guerres européennes, fussent-elles étendues à la planète, où les Africains n'étaient pas concernés. Au total, 36 000 Guinéens furent mobilisés en 1914-1918 et près de 18 000 en 1939-1945. Et bien sûr, comme partout en Afrique-Occidentale : travail forcé et réquisition de produits, cultures obligatoires... Si la population se plie encore aux exigences, la situation est grosse d'orages : " Nous n'avons plus qu'une seule ressource, la résignation ; laissons à Dieu le soin de juger entre les Français et nous " (cité dans un rapport du gouverneur en 1944).
  • L'indépendance de la Guinée : Après bien des luttes partisanes, les élections à l'Assemblée territoriale (mars 1957) consacrent le triomphe du P.D.G.-R.D.A. (Parti démocratique de Guinée- Rassemblement démocratique africain). « Le premier gouvernement guinéen est mis en place avec Sékou Touré pour vice-président, la présidence étant réservée de droit au gouverneur français du territoire, J. Ramadier. En fait, Sékou Touré sera le véritable chef du gouvernement. Il va désormais utiliser au maximum toutes les possibilités offertes par la loi-cadre Defferre en décrétant d'importantes mesures et en se servant des leviers du pouvoir (administration, police) pour mettre à la raison tous ses adversaires. Ainsi, après une conférence des commandants de cercle (juill. 1957), les chefferies de canton furent supprimées et l'administration du territoire réorganisée ». Le 28 septembre 1958, la Guinée vote non par 1 136 324 bulletins contre 56 981 oui, au référendum proposé par le général de Gaulle proposant aux colonies françaises de demeurer dans l'Union française. L'indépendance est proclamée le 2 octobre 1958. Sékou Touré devient chef de gouvernement et le demeurera jusqu'à sa mort en 1984.
  • La Guinée indépendante : le régime de Sékou-Touré, voué à la décolonisation des structures, prend vite une allure révolutionnaire d'inspiration marxiste et se caractérise par une idéologie totalitaire et autoritaire accompagnée de purges des traitres à la révolution (http://webperso.easynet.fr/~omar2re/ ). C'est dans ce contexte que Camara Laye, qui avait d'abord occupé des postes officiels dans la nouvelle Guinée indépendante, se verra obligé de s'exiler au Sénégal. Depuis la mort de Sékou-Touré, la libre circulation des biens, des personnes et des idées a été rétablie.
  • Pour en savoir plus, consultez le site d'Omar TOURÉ à l'adresse suivante : http://webperso.easynet.fr/~omar2re/.
Camara Laye:
  • Né en 1928 à Kouroussa, dans l'ouest de la Guinée, dans une famille musulmane de la caste des forgerons-bijoutiers ;
  • Il poursuit ses études au lycée technique de Conakry, et il obtient une bourse d'études pour la France ;
  • En France, il obtient un diplôme d'ingénieur-mécanicien ;
  • Désireux de rester en France quelque temps, il travaille à l'usine Simca (entre autres). Il dira que c'est pendant ce séjour en France qu'il s'est mis à écrire ses mémoires, pour combler sa solitude et lutter contre le mal du pays et la nostalgie.
  • De retour en Guinée en 1955, il deviendra, après l'indépendance, Ministre de l'Information dans le gouvernement de Sékou Touré.
  • En 1964, cependant, déçu par le style totalitariste de Sékou Touré, il s'exile au Sénégal, où il mourra, en 1980.
  • Pour en savoir plus, consultez l'encyclopédie Yahoo en français : http://fr.encyclopedia.yahoo.com/articles/jb/jb_1738_p0.html
  • L'énigme du nom d'auteur : il faut savoir que Camara Laye est un nom de plume forgé sur la tradition scolaire française de répertorier les élèves par leur nom de famille suivi du prénom. Quand les professeurs faisaient l'appel, ils énonçaient Renaudin, Christine ; Toczyski, Suzanne ; Camara, Laye. Nous verrons plus tard à quel point le choix d'un tel nom de plume peut sembler ironique. Pour l'instant, contentons-nous de noter qu'il constitue un renversement du nom de l'auteur : Laye Camara, renversement qui témoigne d'une influence coloniale que le reste du livre semble ignorer. En effet, L'Enfant noir comporte fort peu de références à la colonisation, et encore moins de critiques de l'effet colonial. C'est bien ce que de nombreux auteurs africains reprocheront à ce livre par ailleurs acclamé par le public français, et consacré par le prix Veillon : « la critique africaine se montra plus réservée et parfois même hostile. Ainsi, Mongo Beti lui reprocha vivement d'avoir donné de l'Afrique «une image stéréotypée» et «idyllique», et d'avoir écrit une œuvre non engagée en pleine période de lutte contre la colonisation » (http://fr.encyclopedia.yahoo.com/articles/jb/jb_1738_p0.html).
L'Enfant noir:
  • Comme l'indique la page de garde, se donne à lire comme un roman autobiographique, dont il faudra étudier les effets de double genre ;
  • Il se compose de 12 chapitres dont on pourrait dire qu'ils correspondent à 12 formes d'initiation ; il sera intéressant de demander aux élèves d'essayer d'identifier ces initiations en cherchant un titre pour chaque chapitre ;
  • Le livre se distingue par un certain gommage de l'effet colonial, mais il sera intéressant d'en relever les traces, ineffaçables, meme si elles n'y sont que fort discrètement représentées ;
  • Le livre présente au lecteur occidental une panoplie de « curiosités ethnographiques » sur la vie traditionnelle en Haute-Guinée :
    • La vie communautaire organisée autour de la notion de « clan » ;
    • La vie famille organisée autour du mariage polygame ;
    • Le rapport à la nature empreint d'animisme ;
    • Le rapport à la communauté organisée autour de rites d'initiations ;
    • Le role des femmes et des hommes dans la communauté ;
    • L'importance du fils ainé dans la famille ;
    • La cohabitation de l'animisme et de l'islam ;
    • Etc.
  • Le livre donne à lire le point de vue d'un narrateur nostalgique, évoquant les chemins de l'enfance perdue, et la route qu'il n'a pas choisie, celle de la tradition…
  • Il offre aussi souvent le point de vue de l'innocence, celle de l'enfant encore ignorant du monde autre que celui de l'entourage immédiat.
  • Enfin, L'Enfant noir offre un certain nombre d'effets stylistiques intéressants que nous étudierons avec le détail des chapitres.
Questions de contrôle de connaissances:

1. Qu'est-ce qu'un pays francophone ?

C'est un pays où l'on parle français.

2. Nommez trois pays francophone de l'Afrique occidentale.

Les réponses varieront. Par exemple : la Guinée, le Sénégal, la Cote-d'Ivoire.

3. Vers quelle époque se situe l'apogée de l'empire colonial français: 1832-1870 ; 1870-1895 ; ou1895-1955?

1895-1955

4. Quel(s) événement(s) et ses/leurs conséquences a contribué à déclencher le processus de décolonisation en Afrique ?

La deuxième guerre mondiale a signifié la vulnérabilité des pays colons ; la guerre d'Indochine a donné l'exemple.

5. En quelle année la Guinée a-t-elle obtenu son indépendance ?

En 1958.

6. Comment s'appelle sa capitale ?

Conakry.

7. Comment s'appelle son « libérateur », qui se caractérisera par son totalitarisme autoritaire ?

Sékou Touré.

8. Où et quand est né Camara Laye ?

A Kouroussa, en 1928.

9. S'agit-il de son vrai nom ?

Oui et non. C'est son nom à l'envers, avec le nom de famille précédant le prénom, héritage de l'école française.

10. Dans quelles circonstances s'est déroulée la rédaction de L'Enfant noir ?

Camara Laye a dit avoir écrit ce livre tandis qu'il était en France et souffrait du mal du pays.
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Page mise à jour le 11 juillet 2003
© C. Renaudin & S. Toczyski