© C. Renaudin & S. Toczyski
En préparation à l'examen AP:
L'Enfant noir de Camara Laye

Un dossier pédagogique préparé par
Christine Renaudin & Suzanne Toczyski
Sonoma State University

Glossaires par chapitre | Glossaire général | Résumés
Plan d'étude | Ressources et illustrations | Lien au site destiné aux élèves

Séance 5
Chapitres
7 & 8

  ~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

CHAPITRE 7

Résumé | Questions de lecture | Textes choisis | Contrôle des connaissances | Sujets de devoir

Chapitre 7 ~ Questions de lecture et réponses possibles

1. Qu'est-ce que l'association des non-initiés ?

C'est une « société mystérieuse [... qui regroupe] tous les enfants, tous les incirconcis de douze, treize et quatorze ans ». Selon Robert Philipson, dans son article « Literature and Ethnography : Two Views of Manding Initiation Rites » (Interdisciplinary Dimensions of African Literature, Three Continents : Washington, D. C., 1985), le nom de cette société est le n'domo, dont l'épreuve des lions ne constituent que la première étape.

2. Comment y entre-t-on ?

On y entre par un rite initiatique encadré par des réjouissances communautaire : une fête.

3. Quand a lieu cette intronisation ?

Le soir de la veille du Ramadan. Encore une fois on voit ici l'articulation de croyances traditionnelles avec des rites musumans.

4. Quelles sont les différentes parties du rituel ?

Il y a la collecte solennelle des enfants à initier à laquelle tout le monde participe à travers la danse, et puis, dans la nuit, il y a, à l'écart du village, des enfants et des femmes, l'épreuve des lions proprement dite. Il y a donc une face publique et une face secrète du rite.

5. De qui se compose la « troupe hurlante » qui vient chercher les enfants à initier ?

Elle se compose des chefs de cantons et de leurs musiciens, « leur cortège de griots, de balaphoniers et de guitaristes, de sonneurs de tambours et de tam-tam » (103).

6. Comment s'appelle le rite décrit dans ce chapitre ?

On lui trouve plusieurs appellations:
  • la « rencontre avec 'Kondèn Diara' », page 103 ;
  • « la nuit de Kondèn Diara « , pages 104, 107 ;
  • « la cérémonie des lions », page 117 ;
  • « l'épreuve de la peur », page 122.

7. Qui est Kondèn Diara ? A quelle représentation archétypale correspond-il dans votre culture ?

Kondèn Diara est presenté comme un terrible monstre (112), mi-homme, mi-bête (104), un «croque-mitaine» (104), un lion. Il correspond aux figures de l'ogre et du loup dans les cultures européennes.

8. Quelle émotion domine le déroulement de ce rite ? Citez des mots et expressions qui expriment cette émotion.

C'est la peur qui domine, exprimée dans ce chapitre de multiples façons :
  • la peur (104-105) ;
  • « une affreuse angoisse » (104-105) ;
  • le verbe craindre (105) ;
  • l'adjectif redoutable (105) ;
  • le mot anxiété (106) ;
  • « regards inquiets », les verbes frémir et trembler (107).

9. Quel est le sens de la danse des hommes et des femmes page 106 ?

C'est une danse d'adultes qui semble préfigurer ce qui attend les initiés au sortir du processus général d'initiation, qui dépasse l'épreuve des lions, et culmine avec la circoncision : l'accès aux rapports sexuels entre hommes et femmes.

10. Comment définir le rite de Kondèn Diara ?

Il s'agit d'un rituel préparatoire à celui de la circoncision. Il est destiné aux garçons uniquement pour les préparer à la circoncision en leur apprenant à «affronter» (108) et à «surmonter»(111) l'émotion de la peur.

11. Quelle pourrait être la signification des longs fils blancs accrochés au fromager et au faîte des cases ?

Il pourrait figurer le réseau (fortifié par le rituel) de la communaté, indiquent que la cohesion du groupe repose sur le courage des fils du village (symboliquement reliés par des fils blancs au lieu sacré de l'épreuve et aux maisons principales, c'est-à-dire aux familles principales du village. De plus, précise Bourgeacq, la création du « dieu » mandingue, Bemba, est souvent représentée en termes de tissage (Bourgeacq 510). Ce symbolisme, ignoré du narrateur, qui ne passera pas suffisamment de temps dans sa culture d'origine pour y être complètement initié à tous ses secrets, donne au rituel une dimension spirituelle importante. Il est à noter ici que l'expérience est relatée du point de vue du narrateur naïf, qui semble se préoccuper plus du comment que du pourquoi (116-117).

12. Sur quoi repose l'efficacité de ce rite ?

L'efficacité du rite repose sur le secret.

13. Encore une fois, quelle est l'attitude de la mère vis à vis de ces rites masculins ?

Elle les méprise, dans l'ignorance où elle en est, puisque le caractère sans risque de l'épisode est tenu secret.

[haut de page]

Chapitre 7 ~ Textes choisis et suggestions de lectures

1. Pages 103-104 : « La troupe hurlante qui entourait Kodoké et son fameux tam-tam se rapprochait. [...]. Cette nuit devait être la nuit de Kondèn Diara . «

De qui se compose la « troupe hurlante » ?
Elle se compose des chefs de cantons et de leurs musiciens, « leur cortège de griots, de balaphoniers et de guitaristes, de sonneurs de tambours et de tam-tam » (103).

C'est-à-dire qu'il y va d'un événement à valeur politique et festive, dont on découvrira plus tard aussi les éléments sacrés.

Comment présente-t-elle le groupe ?

La figure de la « troupe hurlante » présente le groupe comme une entité complète, elle fait du village un seul être, le représente comme une sorte de créature à mille pattes portée en avant par un but et une volonté uniques. Elle souligne la force du groupe et le caractère « inéluctable » (103) du rite, où l'individu est comme happé par le groupe dans un rituel dont il ne questionne à aucun moment la validité. En cela, elle préfigure l'ogre, Kondèn Diara lui-même, qui « emporte les enfants au fond de la brousse » (112).

A quelle figure archétypale correspond Kondèn Diara dans votre culture ?

Il correspond au « croque-mitaine », c'est-à-dire à la figure de l'ogre, qui hante l'inconscient universel, celle de l'ogre du Petit Poucet dans notre culture occidentale; il correspond aussi au loup, la bête terrible des forêts européennes jusqu'au dix-neuvième siècle, représenté dans des contes tels que La Chèvre de Monsieur Seguin, ou Le Petit Chaperon Rouge.

Qui donc est Kondèn Diara dans la culture mandingue?

C'est le croque-mitaine, dévoreur d'enfant, dont les parents menacent les enfants pour protéger leur autorité ;

c'est le lion, roi de la jungle, l'animal le plus redouté de la brousse, comparable au loup en Europe ;

c'est un monstre de la réalité et de l'imagination, dont il faut apprendre à dominer la peur ;

c'est donc l'emblème du courage : à vaincre la peur du lion, on en obtient sa part...

c'est l'esprit de la divinité (Philipson 175).

Commentez la phrase : « voici que Kondèn Diara quittait l'ombre des mots ».

Kondèn Diara quitte le royaume des mots pour pénétrer dans la réalité des enfants sous une forme concrète, audible sinon visible. Kondèn Diara quitte le royaume de l'abstrait et des images pour entrer dans le silence de la révélation, le silence qui va révéler, à travers son rugissement, le corps du lion.

2. Pages 110-113 : « Agenouillez-vous ! [...] Nous n'aurions pas pu dissimuler notre peur. »

Quel temps domine ce passage ? Comment expliquez-vous ce choix ?
Le choix du présent rend l'action décrite plus dramatique, plus présente au lecteur, l'invitant à partager les émotions qui l'accompagnent.

Le choix du conditionnel, à plusieurs reprises, vient évoquer l'inconcevable possibilité de s'évader (110-111). Non seulement le rite n'est pas remis en question par le narrateur, il est présenté comme inévitable : « il ne trouverait personne pour accueillir sa plainte, personne pour aller contre la coutume. » (111)

Quelles sortes de paroles sont prononcées dans ce passage ?

Il s'agit d'ordres sans répliques : les aînés semblent des adversaires, presque des bourreaux, menaçant le fouet (111) ; ils semblent être du côté de Kondèn Diara, dont on a évoqué le caractère sacré : à l'affronter on en prend sa part...Voir à ce sujet page 134 : les « grands qui conduisent la cérémonie des lions[...] n'ont d'autre souci que d'effrayer. »

Quelles autres paroles l'enfant entend-il ?

Au cours de son monologue intérieur, le narrateur se remémore les paroles rassurantes de son père. Dans le silence de son for intérieur, l'enfant se rejoue par toute une série de discours:
  • il se rassure avec les paroles de son père ;
  • il accepte sa peur, son désir de partir (113) ;
  • il se rappelle les histoires traditionnelles sur Kondèn Diara ;
  • il se pose toutes sortes de questions rhétoriques : « Qui pourrait [...] mener pareil Sabbat, sinon Kondèn Diara ? » (112)
  • il s'imagine toutes sorte de danger le guettant ;
  • il prie : « Eloigne-toi, je te prie, Kondèn Diara !... » (112)

Comment se manifeste Kondèn Diara ?

Kondèn Diara se manifeste par son « cri rauque », son rugissement (111), et non par des paroles humaines, indiquant par là sa participation à une force qui dépasse le verbe humain et s'apparente au verbe divin. Selon D. Zahan, « le silence est lié à la nuit, à l'ombre et à la profondeur, où gît la vérité ultime, tandis que la parole représente un savoir clair mais superficiel. La réalité signifiante est est mieux saisie ou sentie par ce qui reste inexprimé ou plutôt ce qui est partiellement exprimé, l'allusif, l'euphémisme et autres références symboliques (Bourgeacq 506).

L'expérience du rugissement remplit d'une terreur qui, si on l'endure sans perdre ses moyens, nous remplit à son tour de courage.

3. Pages 118-122 : « Plus tard, j'ai su qui était Kondèn Diara [...]Avons-nous encore des secrets ? »

Que nous dit ce passage de la pédagogie du secret ?
Page 118, le dernier paragraphe suggère qu'il y a, chez les Malinké, un moment pour chaque découverte. L'éducation se fait selon un calendrier communautaire (et selon le genre : les hommes et les femmes ne reçoivent pas la même éducation). Ainsi les hommes ne découvrent-ils le secret de Kondèn Diara qu'après avoir été dûment circoncis.

Il y a donc une pédagogie de l'expérience plutôt que du simple savoir, à travers laquelle on apprend avec la tête et le corps, où le mental se développe à travers l'expérience vécue.

C'est une pédagogie de la performance, du théâtre sacré. Le mot « jeu », page 122, est à prendre plus au sens d'activité théâtrale que d'activité ludique.

C'est une pédagogie du mystère qui invite à un questionnement de plus en plus approfondi (Bourgeacq 504), à condition bien sûr de rester suffisamment longtemps dans la culture pour y bénéficier de toutes les étapes de ses nombreuses initiations, ce qui n'est pas le cas du narrateur, qui quitte sa culture à l'âge de quinze ans.

Il y a une discipline du secret entre les hommes, de façons à protéger la mise en scène des initiés, mais aussi à en tenir strictement écartés femmes et enfants (121). C'est-à-dire que cette pédagogie du secret sert à renforcer le caractère profondément patriarcal de la société Malinké. Les femmes sont maintenues dans la peur de Kondèn Diara et dans la croyance que les hommes prennent de grands risques pour les protéger.

Que pensez-vous de la question finale du narrateur ?

Cette question : « Avons-nous encore des secrets ? », repose celle de la fin d'un monde, gouverné par des rites initiatiques plutôt que par l'école à la manière occidentale. D'autre part, bien que la narrateur ne soit pas en mesure d'en révéler beaucoup, puisque son initiation s'est interrompue de bonne heure à cause de son départ pour Conakry puis la France, il nous en a tout de même révélé un ici : celui du théâtre, du jeu des hommes-lions. Est-ce une trahison de sa propre culture ? Suggère-t-il que les deux cultures ne peuvent co-exister ?

[haut de page]

Chapitre 7 ~ Questions de contrôle des connaissances

1. Qu'est-ce que l'association des non-initiés ?

C'est une « société mystérieuse [... qui regroupe] tous les enfants, tous les incirconcis de douze, treize et quatorze ans ». Selon Robert Philipson, dans son article « Literature and Ethnography : Two Views of Manding Initiation Rites » (Interdisciplinary Dimensions of African Literature, Three Continents : Washington, D. C., 1985), le nom de cette société est le n'domo, dont l'épreuve des lions ne constituent que la première étape.

2. Quand a lieu cette intronisation ?

Le soir de la veille du Ramadan. Encore une fois on voit ici l'articulation de croyances traditionnelles avec des rites musulmans.

3. De qui se compose la « troupe hurlante » qui vient chercher les enfants à initier ?

Elle se compose des chefs de cantons et de leurs musiciens, « leur cortège de griots, de balaphoniers et de guitaristes, de sonneurs de tambours et de tam-tam » (103).

4. Comment s'appelle le rite décrit dans ce chapitre ?

On lui trouve plusieurs appellations:
  • la « rencontre avec 'Kondèn Diara ' », page 103 ;
  • « la nuit de Kondèn Diara « , pages 104, 107 ;
  • « la cérémonie des lions », page 117 ;
  • « l'épreuce de la peur », page 122.

5. Qui est Kondèn Diara ? A quelle représentation archétypale correspond-il dans votre culture ?

Kondèn Diara est presenté comme un terrible monstre (112), mi-homme, mi-bête (104), un «croque-mitaine» (104), un lion. Il correspond aux figures de l'ogre et du loup dans les cultures européennes.

6. Comment définir le rite de Kondèn Diara ? A quoi sert-il ?

Il s'agit d'un rituel préparatoire à celui de la circoncision. Il est destiné aux garçons uniquement pour les préparer à la circoncision en leur apprenant à «affronter» (108) et à «surmonter» (111) l'émotion de la peur.

7. Sur quoi repose l'efficacité de ce rite ? Pourquoi ?

L'efficacité du rite repose sur le secret. Il donne aux mâles une force et un courage soi-disant inconnus des femmes. Il contribue à leur préserver un rôle dominateur et protecteur.

[haut de page]

Chapitre 7 ~ Sujets de devoir ou d'activités de groupe

  • Existe-t-il dans votre culture de semblables rites de passage où les adolescents apprennent à dominer la peur ? Si oui, illustrez par des exemples, si non, expliquez pourquoi et ce qui en tient lieu.
  • Imaginez-vous à la place du narrateur lors de l'épreuve des lions. Quelle serait, pensez-vous, votre réaction ?
  • De quelles expériences de la peur avez-vous fait l'expérience ? S'agissait-il d'expérience de groupe ou d'expériences individuelles ?
  • Quelles réponses apporteriez-vous à la question finale du chapitre : « Avons-nous encore des secrets ? »

[haut de page]

 

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
CHAPITRE 8
Résumé | Questions de lecture | Textes choisis | Contrôle des connaissances | Sujets de devoir

Chapitre 8 ~ Questions de lecture et réponses possibles

1. Quelle grande différence distingue d'épreuve de la peur (122) de celle de la circoncision (123) ?

La notion de jeu : cette fois, il ne s'agit pas d'un jeu, d'une mystification. S'il y a mise en scène et théâtre sacré, si l'épreuve reste aussi fortement ritualisée que la précédente, il s'agit cette fois d'une cérémonie où l'enfant doit affronter, avec l'expérience de la peur, celle de la douleur et de la mutilation. La coupure entre l'enfance et l'âge adulte est réellement inscrite dans la chair des jeunes garçons.

2. Relevez les termes qui définissent le rite de la circoncision comme initiation.

« naître à la vie d'homme », page 123 ;

« renaître [...] abandonner l'enfance et l'innocence, devenir homme », page 124 ;

« un Malinké de plus est né », page 138 ;

« ma seconde naissance », page 153.

3. Quelle est la métaphore principale qui préside à cette transformation ?

C'est la métaphore de la naissance. Si la première naissance, biologique, dépend des femmes, la seconde naissance des garçons, celle qui fait d'eux des hommes, est d'ordre culturel et social. L'anthropologue Michael Jackson précise que la circoncision des mâles sert à perpétrer le dogme patriarcal selon lequel « la renaissance symbolique de l'initié sert à réaliser l'idéal d'un contrôle masculin sur la procréation et l'éducation des mâles. » (cité par Philipson, page 178 ; c'est moi qui traduis.)

4. Relevez des passages illustrant qu'il s'agit d'une cérémonie organisée par les hommes et pour les hommes.

Il s'agit de « naître à la vie d'homme », page 123 ; de « renaître [...] abandonner l'enfance et l'innocence, devenir homme », page 124 . Cette renaissance est indiquée par des signes visibles : le « premier bonnet d'homme » (126), « les larges pantalons des hommes » (151), « des vêtements d'hommes » (153). On assiste à une séparation des danseurs et des danseuses : « bien que femmes et jeunes filles dansassent ici strictement de leur côté » '127). La cérémonie est organisée et menée par des hommes : les « ordonnateurs » , « les hommes qui conduisent cette initiation » (132), « l'opérateur » (138), « le guérisseur » (140), les « haies d'hommes » qui protègent les initiés des regards féminins (135) et font des hommes les spectateurs privilégiés '136-137). Le rite vise à dessiner une image courageuse des hommes : « un homme n'a peur de rien » (134). Enfin, il vise à séparer l'enfant de sa mère (135) et le préparer à rapports sexuels moins narcissiques, c'est-à-dire à des relations de tendresse avec d'autres femmes que sa mère (Philipson 177).

5. En quoi « les hommes » qui conduisent cette initiation sont-ils différents des « aînés » qui conduisaient l'épreuve de la peur ?

Ils rassurent au lieu d'effrayer : « ils s'efforçaient honnêtement de nous rassurer, fort différents en cela des grands qui conduisent la cérémonie des lions et qui n'ont d'autre souci que d'effrayer » (134), comme l'avait fait son père (104-105). Ils se posent en « serviteurs » (141), en surveillants, donneurs de soins, presque maternels (143-144).

6. Quelles sont les fonctions de la danse et de la musique dans cette initiation ?

  • rassembler la ville dans la fête commune ;
  • faire oublier la peur (130, 137);
  • faire sa cour à une amie (128) ;
  • préparer les initiés à l'opération, comme dans l'exemple du « coba » (136).

7. Combien de temps dure le rite en tout ?Qu'est-ce qui en justifie la durée ?

Il y a une semaine de préparations festives dominées par la danse et des danses de plus en plus précises.

Il y a aussi quatre semaines de quarantaine qui correspondent à la convalescence des initiés.Pour a plupart, ce sont des mesures d'hygiène qui justifient cette durée (143, 151).

8. Pourquoi les nouveaux circoncis doivent-ils éviter la vue des femmes ?

Le narrateur suggère à mots couverts qu'il s'agit de ne pas « contrecarrer la cicatrisation » (145), c'est-à-dire qu'une érection gênerait la cicatrisation. Interdit réitéré page 152.

Mais Philipson va plus loin, suggérant que le bolokoli vise à « donner de la force aux hommes et de la beauté aux femmes » (178), c'est-à-dire que le symbolisme sexuel du rite servirait à orienter les initiés dans la bonne direction sexuelle, d'où la confusion du narrateur lors de son entrevue contrôlée avec sa mère.

9. Qu'est-ce que l'excision ?

C'est le rite de passage pour les femmes qui correspond à la circoncision chez les hommes. Elle consiste, selon les régions, en l'ablation des petites lèvres et/ou du clitoris. Le narrateur ne peut nous éclairer sur ce rite tenu secret au sein des femmes : « les femmes non plus ne répètent rien des rites de l'excision » (146).

10. A votre avis, lors des danses décrites page 128, quelle jeune fille a donné au narrateur son foulard ? Citez un passage du texte qui justifie votre réponse.

Fanta a probablement donné son foulard au narrateur en signe de tendresse à son égard.. Le passage qui nous le fait penser se trouve à la page 152 : « Fanta, que je rencontrai, me fit discrètement un petit signe de loin. [...] L'aimais-je toujours ? »

11. Quelles sont les conséquences du rite sur le rapport de l'enfant à sa mère ? Relevez les passages du texte qui ont trait à l'évolution de ce rapport ?

C'est à la mère qu'on annonce en premier la nouvelle que l'opération a bien eu lieu, comme si cela la consacrait véritablement à part entière comme mère d'un nouvel homme (qui jusqu'ici n'avait été qu'un garçon) (140). Il s'agit d'une véritable consécration.

La plus grande conséquence du rite sur les rapports fils-mère est celle de la séparation. En effet, le rite de la circoncision, s'il constitue pour le fils une « renaissance », naissance socio-culturelle, par opposition à la naissance biologique, marque par la même occasion la séparation d'avec la mère et le monde maternel en général. Cette séparation est mise en scène de façon rituelle au cours de la première visite de la mère à son fils après que la circoncision a eu lieu. Ni la mère ni le fils ne doivent franchir « l'enceinte » de la case où demeurent les nouveaux initiés, les nouveaux hommes (148). En se prêtant à ce rituel, tous deux montrent, quel que soit le chagrin qu'ils en éprouvent, leur obéissance aux lois de la coutume.

Cette séparation est concrétisée par le fait que le fils habitera désormais sa propre case, et non plus celle de sa mère (153). Même si cette case fait face à celle de sa mère, elle reste un signe de l'indépendance du fils fait homme, tout comme les « vêtements d'homme » qu'y a déposés sa mère.

12. Que signifie le rite pour la communauté ? Relevez dans le chapitre un passage-clef à ce sujet.

Le rite assure la communauté de son renouvellement : elle a produit des hommes capables d'assurer la relève physique et spirituelle du groupe. Si, d'un côté, la circoncision constitue un geste symbolique destiné à orienter le fils vers le bon objet sexuel, l'enseignement qui lui fait suite initie les nouveaux hommes de la tribu à «la ligne de conduite qu'un homme doit tenir dans la vie» (145).

On trouve à la page 127 un passage qui exprime clairement la signification du rite pour la communauté : « l'épreuve n'avait pas que pour nous une importance capitale, elle avait quasiment la même importance pour chacun puisqu'il n'était indifférent à personne que la ville, par une deuxième naissance qui était notre vraie naissance, s'accrût d'une nouvelle fournée de citoyens ».

[haut de page]

Chapitre 8 ~ Textes choisis et suggestions de lectures

1. Pages 135-138 : « Non ! Cette fois, nous allions danser seuls [...] un Malinké de plus est né. »

Qu'est-ce qui fait l'originalité de cette danse ?
C'est une « danse réservée [...] aux futurs circoncis, mais qui n'est dansée que la veille de la circoncision » (135).

Qu'est-ce qui explique que le père de Kouyaté en soit l'initiateur ?

Son âge et sa renommée.

Comment vous expliquez-vous le moment de silence qui précède l'intonation du chant du coba ?

C'est un moment dramatique de recueillement avant d'entonner le chant qui met en branle, de façon irréversible, la marche du rite. C'est la dernière danse avant l'accomplissement du geste symbolique qui va faire de ces enfants des hommes (138).

Qu'est-ce qui fait l'originalité structurelle de ce passage ?

Il est scandé par le chant du coba, marqué en italiques entre les paragraphes, ponctuant les souvenirs du narrateur d'une façon plus dramatique permettant au lecteur de mieux entendre (de comprendre au sens d'appréhender) l'expérience narrée. Le souvenir du chant s'inscrit dans le texte du récit pour le rythmer.

La régularité des trois grands paragraphes, page 136, évoque celle même du rythme de la danse.

Le passage est aussi rythmé par le chiffre 3, qui est un chiffre de transformation.

Enfin, puisque les lecteurs occidentaux que nous sommes ne sont pas sensés connaître la langue des Malinké, il nous est offert d'entendre, cette fois sans comprendre, les mots rituels qui accompagnent les initiés ; c'est là une façon de nous faire accepter le caractère mystérieux de la chose et le caractère sacré du pouvoir des mots.

Etudiez le phénomène de la répétition dans les paragraphes.

Certaines répétitions sont « exotiques », comme celle du verbe être sans sujet dans la phrase : « La haie que les hommes formaient sur notre passage était épaisse, était compacte » (136).

D'autres ne cessent d'évoquer le discours oral, conformément à la tradition malinké des griots et autres conteurs. Voyez par exemple le dernier paragraphe de la page 137 et relevez les mots qui se répètent et dans quel ordre. Observez les phénomènes de reprise de mots déjà étudiés ailleurs dans le livre. Surtout lisez le texte à voix haute pour bien en faire ressortir le rythme.

Quels sont les rôles respectifs des hommes et des femmes dans ce passage ?

Le rôle des hommes est primordial : ils forment une haie protectrice pour les initiés, afin de les protéger du regard des femmes dont ils vont bientôt se distinguer à jamais : « nos mères à présent ne pourraient même plus nous parler, moins encore nous toucher. » (135)

2. Pages 138-141 : « Nous avons atteint une aire circulaire parfaitement désherbée. [...] qui se détournaient pour cacher leurs larmes. »

Qu'est-ce qui vous frappe par son absence dans l'évocation du rite ?
Il n'y a pas de claire description du rite. L'organe dont il est question n'est jamais mentionné, ni l'exacte ampleur de la mutilation.

Dans le deuxième paragraphe, page 139, quel point de vue choisit le narrateur pour évoquer le rite ?

Il choisit le point de vue de l'enfant, celui de la subjectivité enfantine, plutôt qu'un point de vue, plus objectif peut-être de narrateur adulte. C'est un choix qui permet au narrateur ed rester dans l'allusif et l'émotionnel sans manquer à la vraisemblance.

Quels mots « évoquent l'idée de coupure ?

On trouve l'idée de coupure dans les mots et expressions suivants : opérateur, la brûlure (=douleur), « l'hémorragie qui suit l'opération », le sang, la plaie. Il y a donc bien eu ouverture des chairs, mais rien n'est dit de ce qui s'est passé exactement.

Pourquoi ce silence sur le détail exact du rite ?

Ce procédé allusif est en accord avec le rapport au mot en général chez les Malinké. La parole y est en effet considérée comme une force qui peut être bienveillante et / ou dangereuse selon qui l'utilise et les circonstances de son utilisation. Il faut sans doute admettre ici le caractère magique du prépuce, dont le nom ne doit pas être prononcé de façon à ne pas l'exposer au travail des mauvais esprits. « Toute chose sérieuse se fait en silence » (Bourgeacq 506). Il serait cependant intéressant d'en savoir plus...

Chercher ailleurs dans le livre, dans les chapitres précédents, une suite aux paroles du guérisseur : «S'il ne coulait pas [le sang] ... »

Page 125, on nous dit que les initiés doivent payer « le prix du sang » dont jaillit la vie. C'est une idée universelle que de lire la vie dans la mort et le jaillissement de la vie dans le sang (ce qui est vrai des humain et tout autre mammifère). On peut encore une fois lire l'acte de circoncision comme une forme d'appropriation de la naissance : de même que la vie dépend du sang de la mère (sang des menstrues, sang de la naissance), elle se verra dominée par le sceau du sang masculin.

3. Pages 147- 150 : « Trois semaines ! [...] Comme ces trois semaines avaient dû lui paraître longues ! »

Quels sentiments le narrateu éprouve-t-il à l'idée de revoir sa mère ?
Le sentiment dominant est d'abord celui de l'impatience (147).

Qu'est-ce qui conditionne cette entrevue ?

L'enceinte de la case où se trouvent réunis les initiés. Ni le fils ni la mère ne doit la franchir. Cette enceinte est donc symbolique d'une nouvelle naissance, non plus à la mère, mais contre la mère. Cette enceinte fait concurrence au ventre de la mère et représente la gestation d'un être culturel.

Quelle est la première parole prononcée par le narrateur et qu'est-ce qui la caractérise ?

Le nareateur commence par appeler sa mère. Le fait qu'il crie son nom indique l'intensité de l'émotion qu'il éprouve.

Par quels sentiments passe le narrateur au moment de revoir sa mère (148) ?

Le narrateur passe de la joie à l'abattement alors qu'il réalise, de par la distance rendue infranchissable qui les sépare, son chagement de statut. C'est bien l'épreuve de l'enceinte, et celle de la séparation de trois semaines, qui lui font réaliser le changement qui doit se produire en lui.

Qu'est-ce qui caractérise le dialogue entre le narrateur et sa mère ?

C'est un dialogue hautement contrôle où les personnages disent énormément moins qu'ils ne pensent ou qu'ils ne sentent. Tous deux se conforment aux exigences de la tradition sans rechigner, mais en faisant le sacrifice de leurs émotions. Personne ne met en doute le bien fondé du rituel de séparation.

Que pensez-vous du portrait que le narrateur donne de sa mère page 150 ?

C'est un portrait d'une grande sobriété qui la peint plutôt en statue qu'en personne. Le mot qui revient est l'adjectif «digne». Il importe au narrateur de peindre en sa mère une mère exemplaire, plutôt que de nous livrer le portrait de la femme aux émotions multiples.

[haut de page]

Chapitre 8 ~ Questions de contrôle des connaissances

1. Quelle grande différence distingue d'épreuve de la peur (122) de celle de la circoncision (123) ?

La notion de jeu : cette fois, il ne s'agit pas d'un jeu, d'une mystification. S'il y a mise en scène et théâtre sacré, si l'épreuve reste aussi fortement ritualisée que la précédente, il s'agit cette fois d'une cérémonie où l'enfant doit affronter, avec l'expérience de la peur, celle de la douleur et de la mutilation. La coupure entre l'enfance et l'âge adulte est réellement inscrite dans la chair des jeunes garçons.

2. Quelle est la métaphore principale utilisée pour décrire le rite de la circoncision?

C'est la métaphore de la naissance. Si la première naissance, biologique, dépend des femmes, la seconde naissance des garçons, celle qui fait d'eux des hommes, est d'ordre culturel et social. L'anthropologue Michael Jackson précise que la circoncision des mâles sert à perpétrer le dogme patriarcal selon lequel « la renaissance symbolique de l'initié sert à réaliser l'idéal d'un contrôle masculin sur la procréation et l'éducation des mâles. » (cité par Philipson, page 178 ; c'est moi qui traduis.)

3. Indiquez en quoi il s'agit d'une cérémonie organisée par les hommes et pour les hommes.

Il s'agit de « naître à la vie d'homme », page 123 ; de « renaître [...] abandonner l'enfance et l'innocence, devenir homme », page 124 . Cette renaissance est indiquée par des signes visibles : le « premier bonnet d'homme » (126), « les larges pantalons des hommes » (151), « des vêtements d'hommes » (153). On assiste à une séparation des danseurs et des danseuses : « bien que femmes et jeunes filles dansassent ici strictement de leur côté » (127). La cérémonie est organisée et menée par des hommes : les « ordonnateurs » , « les hommes qui conduisent cette initiation » (132), « l'opérateur » (138), « le guérisseur » (140), les « haies d'hommes » qui protègent les initiés des regards féminins (135) et font des hommes les spectateurs privilégiés '136-137). Le rite vise à dessiner une image courageuse des hommes : « un homme n'a peur de rien » (134). Enfin, il vise à séparer l'enfant de sa mère (135) et le préparer à rapports sexuels moins narcissiques, c'est-à-dire à des relations de tendresse avec d'autres femmes que sa mère (Philipson 177).

4. Qu'est-ce que l'excision ?

C'est le rite de passage pour les femmes qui correspond à la circoncision chez les hommes. Elle consiste, selon les régions, en l'ablation des petites lèvres et/ou du clitoris. Le narrateur ne peut nous éclairer sur ce rite tenu secret au sein des femmes : « les femmes non plus ne répètent rien des rites de l'excision » (146).

5. Quelles sont les conséquences du rite sur le rapport de l'enfant à sa mère ? Relevez les passages du texte qui ont trait à l'évolution de ce rapport ?

C'est à la mère qu'on annonce en premier la nouvelle que l'opération a bien eu lieu, comme si cela la consacrait véritablement à part entière comme mère d'un nouvel homme (qui jusqu'ici n'avait été qu'un garçon) (140). Il s'agit d'une véritable consécration.

La plus grande conséquence du rite sur les rapports fils-mère est celle de la séparation. En effet, le rite de la circoncision, s'il constitue pour le fils une « renaissance », naissance socio-culturelle, par opposition à la naissance biologique, marque par la même occasion la séparation d'avec la mère et le monde maternel en général. Cette séparation est mise en scène de façon rituelle au cours de la première visite de la mère à son fils après que la circoncision a eu lieu. Ni la mère ni le fils ne doivent franchir « l'enceinte » de la case où demeurent les nouveaux initiés, les nouveaux hommes (148). En se prêtant à ce rituel, tous deux montrent, quel que soit le chagrin qu'ils en éprouvent, leur obéissance aux lois de la coutume.

Cette séparation est concrétisée par le fait que le fils habitera désormais sa propre case, et non plus celle de sa mère (153). Même si cette case fait face à celle de sa mère, elle reste un signe de l'indépendance du fils fait homme, tout comme les « vêtements d'homme » qu'y a déposés sa mère.

[haut de page]

Chapitre 8 ~ Sujets de devoir ou d'activités de groupe

  • Produisez un dialogue où s'exprimeraient tous les non dits du dialogue entre le narrateur et sa mère lors de l'épreuve de l'enceinte.
  • Reproduisez en classe la danse du coba et échangez vos impressions sur les mouvements indiqués.
  • Quel est le sens de la circoncision dans votre culture ? Existe-t-il un rite semblable pour les filles de votre culture ?
  • Donnez votre interprétation du rite de la circoncision chez les Malinké.

[haut de page]

Glossaires par chapitre | Glossaire général | Résumés
Plan d'étude | Ressources et illustrations | Lien au site destiné aux élèves

Page mise à jour le 11 juillet 2003
© C. Renaudin & S. Toczyski