Toujours vendredi, après la leçon de piano. AD s'arrête à la porte du café,
toujours réticente:"[elle] n'entra pas" (83);
toujours sujette aux tremblements: "Le verre tremblait encore dans sa main" (84);
toujours rétive à l'idée de parler d'elle-même: "Anne Desbaresdes serra ses poingts, se força au calme" (85).
Pourtant, de même qu'elle se laisse aller à rire (85) en présence de Chauvin, elle a bien appris la leçon du voyeur:
| -- Il y a maintenant sept jours, dit Chauvin. -- Sept nuits, dit-elle comme au hasard. Comme c'est bon, le vin. -- Sept nuits, répéta Chauvin. (84) |
C'est elle qui mesure le temps écoulé en heures nocturnes qui sont pour elle, Chauvin le lui a fait dire dans les chapitres précédents, des heures de solitude, d'insomnie, d'ennui, ou de désirs non assouvis. Chauvin en profite pour poursuivre sur le terrain de la sensualité en évoquant le corps d'Anne sous sa robe lors de la réception du personnel des fonderies.
| -- Vous étiez accoudée à ce grand piano. Entre vos seins nus sous votre robe, il y a cette fleur de magnolia. Anne Desbaresdes, très attentivement, écoute cette histoire. (86) |
Ce dernier mot, "histoire," est important. Il suggère qu'AD entend parler d'elle comme à la troisième personne, comme s'il s'agissait d'un tiers, d'une autre qu'elle-même, un personnage de roman.
Elle finit par se prendre au jeu et avoue son intérêt pour les hommes qui passent.
| -- Je crois, en effet, que je les ai souvent regardés, soit du couloir, soit de ma chambre, lorsque certains soirs je ne sais pas quoi faire de moi. Chauvin proféra un mot à voix basse. le regard d'Anne Desbaresdes s'évanouit lentement sous l'insulte, s'ensommeilla. (88) |
Il faut attendre la page 94 pour élucider cette insulte